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Des Tanneries Adler-Oppenheimer
aux Tanneries de France
Cest dans les locaux d'une ancienne fabrique de sucre
et de sirop de Auguste Schumann que les tanneurs francfortois Adler et
Oppenheimer décide d'aménager une Tannerie. Les deux hommes
possédaient déjà une filiale à Strasbourg-Montagne
Verte, mais les locaux ne répondaient plus aux exigences grandissantes
de lentreprise. En 1898, les Adler-Oppenheimer reprennent donc les
bâtiments de lusine, et transforme Lingolsheim, village agricole,
en cité industrielle.
Les tanneurs entreprennent la construction de nouveaux bâtiments.
Lentreprise spécialisée dans la fabrication de cuir
pour chaussure, mais également dans léquipement et
la maroquinerie, voit croître de façon conséquente
sa production.
En 1914, lusine sétale sur 350.000 m_, dont 140.000m_
construits. Lors de la déclaration de guerre, les Adler-Oppenheimer
augmentent leffectif qui passe à 2000 ouvriers, contre 200
à 300 à la fin du siècle, et ce pour faire face aux
besoins croissants de fournitures militaires.
Ladministration centrale, jusquà présent située
rue de la Nuée Bleue à Strasbourg, emménage à
Lingolsheim. Au même moment, lentreprise se dote d'une agence
postale, d'un service d'expédition des marchandises et d'un chemin
de fer.
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| Le casino des Tanneries de France
quelques jours avant sa destruction |
Les conditions de travail des ouvriers sont très
surprenantes pour lépoque. Les Adler-Oppenheimer pratiquent
une politique sociale et paternaliste. Les employés peuvent ainsi
profiter d'un casino, qui servait également de restaurant et de
salle des fêtes. Des bains pourvus de tous les équipements
modernes en matière dhygiène et un magasin sont à
leur disposition. Enfin, les ouvriers et leurs enfants disposent d'une
bibliothèque et de trois salles de classes.
En 1918, suite à la défaite allemande, lusine de tannage
de Lingolsheim est mise sous séquestre et les patrons Adler &
Oppenheimer sont expulsés en raison de leur nationalité.
Lentreprise est alors reprise, en 1920, par une société
anonyme regroupant des représentants de la finance et de la grande
industrie : les Tanneries de France.
Les Tanneries de France connaissant une réussite fulgurante. Son
essor sexplique par lindustrialisation du métier de
tanneur. La mécanisation et les nouveaux procédés
de tannage, notamment par le chrome permirent de réduire de façon
considérable la durée du tannage des peaux et de ce fait,
d'augmenter la production de cuir.
Les données changent malheureusement à partir de 1929. Le
marasme économique mondial népargne pas la fabrique.
Les ouvriers des Tanneries de France sont confrontés au spectre
du chômage. Les effectifs passent de 1500 employés en 1925
à 900 en 1935.
En 1933 éclatent de grandes grèves en Alsace. 1300 ouvriers
des Tanneries de France suivent le mouvement. Les leaders syndicaux, Gress,
Dewening et Metzinger sont licenciés, tout comme de nombreux autres
employés de lusine.
La France est dirigée par le Cartel des Gauches. Depuis mai 1934,
la commune est tenue par le maire communiste Charles Oster, maître-charpentier.
Mais la situation économique ne saméliore pas. Des
grèves sévissent partout en France. Devant tant de manifestations,
le gouvernement propose les accords de Matignon, signés dans la
nuit du 7 au 8 juin 1936. Il prévoit une augmentation générale
des salaires de 10%, deux semaines de congés payés, la semaine
de travail à 40 heures et lélection de délégués
d'entreprises.
Pourtant le 11 juin, les 900 employés des Tanneries de France hissent
les drapeaux rouges et tricolores sur lusine. Ils demandent 15%
d'augmentation de salaire, et la réembauche des ouvriers sanctionnés
en 1933. La grève se termine deux jours plus tard. Les ouvriers
ont obtenu une augmentation de 30 centimes de lheure.
Plus que les congés payés, ce sont avant tout la semaine
de 40 heures et les augmentations de salaires qui furent appréciées
par les ouvriers. La réduction du temps de travail permit en outre
de nouvelles embauches.
La seconde guerre mondiale interrompt pour quelques années le court
de lentreprise. Lusine déménage à Rennes,
emmenant avec elle les ouvriers non mobilisés. Les bâtiments
de Lingolsheim sont transformés par les occupants qui en rasent
une partie et font du reste un parc de réparation pour les véhicules
de la Wehrmacht.
Après guerre, les Tanneries de France réintègrent
les bâtiments de Lingolsheim. Elle emploie en 1946, 292 personnes.
Lentreprise connaît alors quelques difficultés économiques
dès le début des années 50, bien que tournant à
plein régime.
En 1968, pour faire face aux nouvelles attentes d'un marché qui
se mondialise, une nouvelle usine est construite. Les tanneries se spécialisent
dans les articles haut de gammes.
En 1972, la parti industrielle des Tanneries de France est vendue aux
Groupes Costil. Cependant, on peut parler de fusion puisque les Tanneries
de France possède 25 % des actions, le reste, 75 %, appartient
à Costil. Lentreprise " Tannerie de France conserve
néanmoins les bâtiments, quelle loue à Costil.
En 1978, le groupe connaît de grave difficultés, et doit
déposer le bilan. Cependant, lentreprise réagit et
évite la fermeture.
En 1979, les Tanneries de France ne renouvellent pas le bail. Lentreprise
se transforme en Holding immobilier. Costil Tannerie de France construisent
de nouveaux bâtiments.
La même année, Costil Tannerie de France est confronté
à un dilemme. Le tannage est une activité très polluante
et les nouvelles lois pour le respect de lenvironnement obligent
les tanneries à construire une station d'épuration. Une
seconde solution est proposée : la greffe sur la station d'épuration.
Cest ce dernier projet qui est retenu. Costil Tannerie de France
décide d'arrêter le tannage des peaux sur le site de Lingolsheim.
Cest lusine Costil de Pont Audemer, ville de lEure,
qui procède au tannage, tandis que lentreprise de Lingolsheim
commercialise les cuirs finis.
1996 marque le début d'une période très incertaine
pour lentreprise. Monsieur Costil, lors de son départ en
retraite décide de vendre lentreprise au CDR (consortium
de réalisation) du Crédit Lyonnais qui devient lactionnaire
unique. Lentreprise est alors gérée par un président
intérimaire nommé par le CDR, avant d'être vendue
à la fin de lannée 1999 à des hommes d'affaires
italiens et dirigée par le nouveau PDG, Vittorio Reisoli.
Aujourdhui, lentreprise de Lingolsheim sétend
sur 8 hectares. Sous ses 15.000 m_ de bâtiments travaillent 160
personnes. Elle produit jusquà 2000 peaux par jour. 40% de
sa production sont destinés à lexportation (Etats-Unis,
Asie du Sud Est : Corée du Sud, Hong Kong, Singapour, Grande Bretagne,
Italie. La firme, spécialisée dans la maroquinerie et la
chaussure de luxe, compte parmi ses clients, les entreprises les plus
renommées : Vuitton, Dior, Cartier, Hermès, Church.
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