Le pèlerinage de la Sainte Croix

Lingolsheim connut au Moyen-Age une période de grande renommée. Le fief, alors tenu par le seigneur Eberhard de Landsberg, devint le lieu d'un pèlerinage célèbre dans toute l’Alsace : le pèlerinage de la sainte croix.

C’est en 1435, que le Seigneur de Landsberg, de retour de Terre Sainte, décida d'élever trois grandes croix en pierre représentant le Christ crucifié au milieu de ses deux larrons, en référence aux trois croix de Golgotha de Jérusalem. Situées en bordure de l’actuelle rue de la Chapelle, les trois croix, hautes d'environ 5 mètres furent placées sur une petite élévation, rappelant l’élévation du Calvaire près de Jérusalem où le Christ fut crucifié. Le seigneur de Landsberg mourut en 1439, mais selon son dernier vœu, le site fut enrichi en 1458 d'une chapelle consacrée à la Vierge Marie. Notre Dame fut bénie la même année, le jour de la saint Mathieu.
La chapelle devint peu à peu le lieu d’un pèlerinage très fréquenté et ce jusqu’à l’introduction de la Réforme par la famille Landsberg en 1589. Le pèlerinage sombra alors dans l’oubli, la chapelle tomba en ruine.
En 1739, la conversion au catholicisme de Samson Ferdinand de Landsberg eut pour conséquence la renaissance du pèlerinage. Le comte de Landsberg entreprit alors vers 1750 la construction d’une nouvelle chapelle sur le site même des croix, qui se retrouvèrent abritées par le sanctuaire. Il fit également construire un ermitage pour les deux religieux chargés de la surveillance et de l’animation du pèlerinage.

Les sept stations abritent des peintures illustrant des scènes de la passion du Christ

En 1778, la chapelle fut agrandie et sept stations en forme de maisonnette abritant des peintures illustrant la passion du Christ furent érigées le long du chemin vers la chapelle (agonie de Jésus Christ au jardin des Oliviers, la trahison de Judas, la gifle du Christ par le Grand Prêtre, la flagellation, l’intervention de Simon de Cyrène, les femmes éplorées, le crucifiement). Appelées les " sieben Fussfälle " ou les sept Prosternements, elles furent consacrées lors de leur restauration le 20 avril 1782.
Ce pèlerinage fut fortement encouragé par le pape qui y associa de nombreuses indulgences, certaines pouvant aller jusqu’à 30 ans de pardon. Le pèlerin était guidé, dans son parcours, par un petit livre, le " Wallfahrtsbüchlein " qui contenait l’ensemble des exercices spirituels à accomplir ainsi qu’une image souvenir.
Le pèlerinage fut cependant une nouvelle fois interrompu lors de la Révolution Française. La chapelle et l’ermitage furent déclarés biens nationaux et mis sous séquestre. La chapelle fut définitivement fermée le 13 mars 1792 et les objets qu’elle contenait furent déposés le 15 mars au magasin du mobilier des églises supprimées. La propriété fut vendue pour la somme de 7100 livres à un notaire strasbourgeois Jean Chrétien Meyer, qui eut l’obligation de détruire tous les biens mobiliers. Malgré cela, l’ermitage a survécu, et il est encore possible d'apercevoir à Lingolsheim la statue de Jésus et de ses deux larrons. Les sept stations sont quant à elles au cimetière Saint-Urbain à Strasbourg.

Extrait du Journal Municipal n°72, mars 2002